mercredi 12 juin 2013

171 - Les monuments historiques m'emmerdent


Au cours de mes voyages, brefs ou lointains, la rencontre obligée avec les pierres augustes de l’Histoire a toujours été pour moi une corvée. Quand on part accompagné il faut bien faire plaisir au fardeau que l’on traîne... S’il n’en avait tenu qu’à moi, je n’aurais jamais perdu mon temps et parfois mon argent à visiter ces cathédrales d’ennui.
 
Bref, à part la franchouillarde et rigolote Tour Eiffel, monument de fer et non de pierre qui vaut le détour et surtout l’escalade car au moins cette farce française tranche radicalement avec les innombrables édifices beaucoup plus formels, les autres “merveilles du monde” sont d’une mortelle platitude.
 
Le temple de Louxor, certes impressionnant par ses dimensions, devient assez vite bassinant.
 
Passé l’étonnement devant ses colonnes vertigineuses, je me vois mal essayer de déchiffrer les hiéroglyphes qui y sont inscrits. Dans quel but ? Quel intérêt ? Puisque je sais que les croyances des anciens Egyptiens étaient des chimères. 
 
Les pharaons sont morts, desséchés, disséqués, leurs sépultures violés et leurs dieux de paille tombés en cendre, leurs pyramides déjà effritées, pourquoi devrais-je me passionner pour ces poussières antiques sottement sacralisées quand autour de moi il y a des hommes de chair et d’esprit, des vivants avec qui je peux communiquer, partager, m’enrichir humainement, des êtres vivants accessibles, des contemporains éclairés qui conçoivent des merveilles de technologie miniatures au lieu de ces monstrueuses pyramides qui ne servent à rien ?
 
Ces édifices titanesques, au regard des fulgurances de l’esprit, ne sont que des poids morts.
 
Un bipède sensible -mon voisin de palier par exemple- avec qui je parle est bien plus miraculeux en termes philosophiques, humains, spirituels que ces amas de cubes de pierres assemblés de manière bêtement géométriques. Il n’y a que les hordes de touristes idiots et les doctes, secs, stériles archéologues pour les admirer aussi béatement...
 
Le masque funéraire de Tout-Ank-Amon n’est qu’un glacial caillou jaune en forme de visage idéalisé, c’est à dire irréel. Une pure stupidité. Dans ce monde de vanité les intelligences sclérosées lui accordent une valeur inestimable. Un visage humain qui palpite de vie, un regard à travers lequel je devine une âme est infiniment plus captivant que ce hochet d’or fin, aussi brillant soit-il.
 
Ainsi mes autres “grandes visites” du monde : la Basilique Sainte-Sophie et la Mosquée Bleue à Istanbul, surprenantes au premier contact, voire de loin, vite lassantes au bout d'une heure. L’Empire State Building, amusant quand on monte au sommet, oublié dès la première halte au fast-food du coin.
 
Les vraies rencontres, celles qui me touchent durablement, profondément, sont les rencontres faites avec mes semblables, non avec les pierres.
 
 

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Qui est Raphaël Zacharie de IZARRA ?

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Oisif mélancolique, oiseau unique, ange joliment plumé, ainsi se présente l’auteur de ces lignes (une sorte de Peter Pan cruel et joyeux, mais parfois aussi un rat taciturne). Au-delà de cette façade mondaine, loin de certaines noirceurs facétieuses j’ai gardé en moi une part de très grande pureté. Dans mon coeur, un diamant indestructible d’un éclat indescriptible. Cet éclat transcendant, vous en aurez un aperçu à travers mes modestes oeuvres. Est-ce une grâce de me lire, pensez-vous? Osons le croire. CONTACT : raphael.de-izarra@wanadoo.fr